2 min de lectureDe loin

Billet de confinement - 25/03/20

Si proche, si loin, telle est la difficile équation à laquelle nous confrontent la crise sanitaire et le confinement qu’elle impose.

Les mots le disent : les êtres qui nous sont chers sont « nos proches ». L’affection crée une proximité affective et, logiquement, veiller sur ses proches, manifester son attachement, c’est précisément franchir la distance qui nous sépare pour nous retrouver, nous étreindre et nous parler face à face.

Désormais, se préoccuper de ses proches, c’est rester loin d’eux. Se rapprocher, ce serait mettre en danger autrui et se mettre en danger. Je t’aime, donc je te maintiens loin de moi.

Nos catégories affectives volent ainsi en éclats et nous obligent à réinventer nos attaches. Cette recomposition nous amène à une affectivité plate et sonore. Sonore avec le téléphone, bien sûr. Plate avec nos écrans interposés. Oui, on se voit, on se parle, on trinque même à distance, mais avec cette insuffisance de nos webcams. L’écran est tout à la fois médium et barrière. Médium en tant qu’il nous donne accès à une image des êtres. Barrière parce que le monde de l’écran, qu’il soit en 3D ou non, n’offre pas moins une terrible platitude du réel, puisque dépourvu de sa véritable dimension – ses vues à angles multiples, ses inflexions sonores, ses odeurs, ses grincements et ses scories. Image seulement quand bien même est-elle animée et riche de l’imbrication vive de ses voix.

Alors comment réagirons-nous lorsqu’on nous autorisera à nous retrouver à nouveau ? Nous serons sans doute intimidés au début – désapprendre le contact étroit ne peut que laisser des traces, un temps tout au moins –, mais quoi que nos technologies nous disent, nous ne sommes et ne resterons des êtres humains que par le relief et le contact de nos peaux, d’autant plus fragiles dès lors que celui-ci leur est interdit. Faire la bise, serrer dans ses bras, se taper sur l’épaule, caresser la joue… Prendre les jambes à son cou ? Ce serait refuser l’ancrage même, en chair et en os, dans notre condition humaine. Précieux et irréductiblement fragile.

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