« C’est par la vanité […] qu’il [l’homme] se trie soi-même et sépare de la presse des autres créatures, taille la part aux animaux ses confrères et compagnons, et leur distribue telle portion de facultés et de forces que bon lui semble [1]. »
Nous les avons méprisés, maltraités, exploités, ignorés. Nous nous sommes arrogé une supériorité criminelle. Nous avons sciemment piétiné leur singularité en les rangeant dans de vastes catégories. Nous les avons assignés à l’instinct, au « naturel », quand ce ne fut pas un ravalement au rang de la machine, pour nous réserver la conscience, le langage, les émotions, la culture, l’intelligence adaptative. Comme nous, pourtant, les animaux évoluent dans l’environnement qui est le leur et auquel ils s’adaptent, que cela vienne d’eux-mêmes ou d’une pression extérieure [2]. Ils sont des êtres complexes, dotés d’une intelligence, d’une sensibilité, d’une culture et d’une personnalité.
D’aucuns diront qu’une telle approche est contemporaine, qu’elle est le fruit des avancées de l’éthologie, de la génétique, qu’elle est soutenue par les travaux croisés de philosophes, de biologistes, d’historiens, de vétérinaires, d’archéozoologues, etc. Certes, mais nous le savons : quelle que soit l’époque, avant qu’il ne soit soutenu par des travaux attestant son bien-fondé, nous portons le regard que nous voulons bien porter. Lorsque l’animal humain que nous sommes se place en haut de l’échelle et évalue les capacités des autres animaux à l’aune de ses propres critères, le résultat leur est inévitablement défavorable. Ignorant aussi bien l’apport d’autres civilisations que l’écho de voix dissidentes, c’est à une telle vision hiérarchique des êtres qu’a procédé l’Occident pendant 2500 ans. Philosophie grecque, christianisme, science et philosophie occidentales ont conçu la représentation de l’animal comme un moindre être, à la totale disposition de l’être humain. Nous avons été des élèves appliqués, puisque, drapés dans notre anthropocentrisme, avides de rendement et de profit, nous nous sommes effectivement tout permis. Machines de guerre et d’industrie, objets d’expérimentation, de divertissement, de consommation rangés en batterie… Les animaux sont devenus nos esclaves et nos souffre-douleur.
Et les mots que nous véhiculons ne cessent de traduire cette pente du mépris et de la méconnaissance. « Manger comme un porc », « #balancetonporc », « être bête comme un âne », posséder « un QI d’huître ou de poisson rouge », le regard d’un ahuri est qualifié de « bovin », « une dinde » ou « une bécasse » désignent une femme dépourvue d’intelligence, si celle-ci fait montre de mœurs légères, elle est alors appelée « une poule » ou « une cocotte », un crime atroce est qualifié de « bestial » et d’« inhumain »… Les qualificatifs de la stupidité, de la vulgarité, de la légèreté et de la cruauté sont puisés chez les animaux ; la saleté, la gloutonnerie, la dénonciation des violences sexuelles s’appuient sur des métaphores animales. N’avons-nous pas entendu, également, d’innombrables fois des personnages de films réclamer du respect avec la réplique : « on n’est pas des animaux ! » ? Le sens du sous-entendu n’a guère besoin d’être explicité.
Autant d’exemples révélant combien nous sommes imbibés de cette posture de surplomb vis-à-vis des animaux dont le maître-mot est l’exercice d’une violence sans bornes. Ainsi entretient-on insensiblement une vision hiérarchique des êtres avec l’homme au sommet et ses conséquences : mépriser, martyriser, assassiner. De ce point de vue, il y a bien encore « nous et les autres », pour paraphraser Tzvetan Todorov [3]. Pourquoi nous référer à ce penseur ? Au premier chef, ce qui nous intéresse dans cette expression est la force de sa formulation, traduction du rapport à l’altérité construit à partir du repli, de la clôture d’un groupe sur lui-même et de l’exclusion de ceux qui ne répondent pas aux critères que l’on a définis. Ensuite, parce que sa pensée est emblématique d’un regard centré sur l’humain. Rappelons que « les autres » de Todorov s’inscrivaient uniquement dans la communauté humaine, son propos portant sur l’ethnocentrisme. À partir du moment où la vue s’élargit, déborde le cadre de l’humanisme, pour reconnaître notre dimension animale et nous définir comme « Nous animaux humains » et non plus seulement comme « Nous humains » [4], les autres sont les animaux non humains auxquels nous refusons l’accès à notre sphère et que l’on s’autorise à inférioriser et exploiter [5].
Dès lors, quelles perspectives sont les nôtres ? Sommes-nous capables de trouver un point d’équilibre, de reconnaître notre appartenance à une même famille de sujets conscients et d’êtres vivants doués de sensibilité ? Cela est surtout le fait de chercheurs, écrivains et membres d’ONG. Toutefois, au sein de nos sociétés, on relève un plus grand intérêt aux potentialités des animaux, à leur individualité, ainsi qu’une meilleure prise en compte de la souffrance qui leur est infligée, mais cette préoccupation reste trop souvent lointaine et superficielle. C’est dire que, si le regard change, s’agissant des comportements, il reste beaucoup à faire. Cela supposerait pour d’aucuns la fin du déni, consistant notamment à distinguer l’animal (parqué, violenté et tué le plus souvent dans des conditions terriblement angoissantes et douloureuses) de la viande atterrissant dans leur assiette ou de la peau ornant leurs épaules. Songeons aux milliards d’animaux torturés et massacrés chaque jour par l’industrie alimentaire, vestimentaire, du divertissement et par l’expérimentation. N’oublions pas, non plus, les animaux de compagnie victimes de maltraitance, d’une euthanasie de convenance ou abandonnés sur le bord de la route [6]. Par ailleurs, la tentation est toujours là d’amoindrir et de marginaliser la question de la souffrance et du bien-être animal. On en fait un phénomène de mode, de « bobos », au lieu d’en reconnaître l’importance majeure. On estime qu’il y a des questions plus urgentes, plus cruciales, et l’on repousse l’adoption de lois ou leur mise en application.
Quels leviers faut-il, par conséquent, activer pour extraire nos congénères de leur aveuglement et de leur égoïsme ? Insister, comme Elizabeth Costello [7], sur le scandale à l’égard de l’animal, mû par le défaut d’empathie qui conduit à des tueries de masse dans les abattoirs ? Amener, comme a su le faire notamment l’historien Éric Baratay, les sciences humaines à se décentrer et à prendre en considération le point de vue animal ? Se mobiliser pour traduire dans les termes de la loi les droits qu’il nous paraît indispensable d’attribuer aux animaux pour leur autoriser des conditions d’existence dignes de ce nom ?
C’est sans doute sur tous ces fronts qu’il nous faut œuvrer. Travailler sans relâche la sensibilité. Contribuer à une démarche réflexive soucieuse de penser du côté des animaux. Encourager l’adoption de lois protectrices et conformes à leurs intérêts. Et, surtout, ne jamais se laisser décourager par celles et ceux qui tentent de se retrancher derrière l’argument humain, sachant, pour ceux qui ont un cœur large, à l’instar de Théodore Monod, que l’on se soucie de tous, c’est-à-dire de chacun, ou de personne. Certains estiment « qu’il est “bien secondaire” de se soucier de la souffrance des créatures quand il vaudrait mieux se préoccuper de celle des hommes. C’est l’argument classique, ressassé ad nauseam chaque jour : les hommes d’abord. À quoi il faut répondre : non les animaux ou les hommes, mais bien entendu : ceux-ci et ceux-là. D’ailleurs pour ceux qui me font cette objection devenue quasi-rituelle, c’est bien souvent, hélas, ni ceux-ci, ni ceux-là [8]. »
Gageons qu’à notre échelle, nous saurons ouvrir des pistes d’amélioration, de considération et de respect. Que nous sommes capables de cesser de nous prévaloir en plaquant nos propres catégories pour penser les individus animaux dans leur complexité et leur richesse, tendre vers leurs points de vue et les reconnaître comme des sujets, acteurs de leur propre histoire.
« Il est désormais nécessaire de penser les espèces animales par le partage et la différence, non par l’absence et la hiérarchie [9] », écrit É. Baratay en ce sens. Dans cette optique, il nous paraît important de sortir du jeu stérile des comparaisons, mû hypocritement par la quête de l’exceptionnalisme humain, pour nous intéresser à eux, à leur altérité et à leur regard. Non pas donc en tant qu’exclus de notre cercle, mais que l’on rencontre dans leur altérité même : « pas ce grand mot brandi pour faire joli mais dont on sait que l’ambition déguisée est de nous conforter au mieux dans la divine opinion que l’on a de soi-même ; non, l’altérité vraie, celle d’êtres si dissemblables que rien de soi n’est un recours pour déchiffrer l’autre et percer qui il est [10]. »
Différence et partage. C’est alors un sentier vers la tendresse que nous souhaiterions tracer. Pourquoi placer le lien sous le signe de cette dimension affective ? Parce qu’elle dépasse la docilité, la soumission, les règles apprises, pour nous situer dans l’intensité de la relation, l’attention à l’autre que l’on a élu comme un proche que l’on souhaite protéger, cajoler et contenter. Le dictionnaire Larousse en donne la définition suivante : « Sentiment tendre d’amitié, d’affection, d’amour qui se manifeste par des paroles, des gestes doux et des attentions délicates [11]. » Qu’importe si cela ne passe pas par la parole tellement de fois brandie pour déconsidérer les animaux. La rencontre se fait autrement, comme l’écrit superbement Cédric Sapin-Defour à propos de son chien Ubac : « Nous allons apprendre à nous connaître, à construire un langage intermédiaire. Il manquera la parole mais il y aura mieux. Il y aura les regards, les bruits infimes, les courbures du corps, le sens du poil, ces signaux discrets, perçus de nous seuls et offrant à des êtres si différents de dialoguer [12]. » C’est un langage visible, tactile et sonore qui va peu à peu trouver ses codes : décrypter nos expressions de visage, la signification des postures, traduire nos vocalisations…
La tendresse, c’est l’émotion et le geste. La reconnaissance de la faculté de ressentir des émotions est essentielle, mais accorder le geste aux animaux, pour ce qu’il est en profondeur, suppose de franchir un autre palier. Parce que le geste est éminemment singulier, cela signifie que l’on ne veut/peut plus leur refuser leur statut de sujet, une personnalité. On reconnaît, dès lors, leur propre monde hors des seuls codes de survie/adaptation/reproduction auxquels on le réduit très souvent.
Les œuvres écrites, en particulier littéraires, nous offrent de précieux matériaux et nous y reviendrons. Mais, comme l’expose Vinciane Despret à propos de Youtube [13], les réseaux sociaux, au-delà des ordures ou imbécillités qu’ils charrient par ailleurs, peuvent également permettre la conduite d’investigations poussées et la mise en avant d’arguments de masse. D’abord, en raison de la masse elle-même de photos et de vidéos qui fonctionne comme une accumulation de preuves en mesure de faire vaciller nombre d’idées préconçues. En raison, ensuite, de la pluralité des regards qu’ils autorisent, depuis des travaux professionnels à des documents amateurs. Les animaux acquièrent un véritable statut d’acteurs, révélant leur personnalité et une pluralité de capacités que nous ignorions [14]. Les médias postés par les uns et les autres se répandent ainsi sur la Toile, nous permettant d’en tirer quelques fils révélateurs des liens susceptibles de se nouer entre animaux ou entre humains et animaux.
Évoquons quelques exemples édifiants : la vidéo de Jane Goodall et la femelle chimpanzé Wounda [15] ou celle de Casper et du corbeau Klaus [16], mettent en évidence des gestes d’affection de la part d’animaux envers des humains qui les ont sauvés du péril et auxquels ils se sont attachés ; le reportage consacré à la jument Dounka au contact de personnes âgées révèle sa profonde capacité d’empathie [17] ; des pages de réseaux sociaux [18] sélectionnent des photos à la fois pour leur qualité esthétique, mais aussi pour nous montrer des animaux dans tous les compartiments de leur vie : relations sociales, familiales, émotions, attitudes insolites, etc. La tendresse s’expose ou se devine dans de nombreux clichés : pattes entrelacées ou jointes, têtes appuyées l’une contre l’autre, douceur des gestes et des poses qui dépassent la simple mission parentale d’éducation ou de protection. On s’ouvre aussi à l’inattendu à travers de multiples compagnonnages : chien/renard, chat/cheval, ours/tigre, chat/chouette, chien/lapin, girafe/autruche, loutre/chat, chien/pie, éléphant/mouton… La tendresse salue la composition d’une famille, celle que l’on s’est choisie ; elle célèbre cette famille et entretient ce lien que l’on a tissé. Cette aire affective demande à être explorée pour tenter d’en dégager les multiples strates. Nous ne pousserons pas notre recherche de ce côté-là dans le cadre qui est le nôtre ici, mais il nous paraît important d’ouvrir ce champ d’observation et d’analyse, à même de nous aider à comprendre les animaux dans leur grande diversité.
Pour l’heure, nous nous concentrerons sur un cercle plus étroit et plus familier, en explorant la ligne de tendresse que nous sommes capables de tracer avec nos plus proches compagnons, chien et chat, pour tenter de dégager quelques spécificités de ce lien.
Une vie commune avec un animal se structure, au premier chef, autour d’un ensemble d’habitudes et de rituels : façons de nous saluer, repas, promenades, jeux, soins… Dès lors, notre environnement quotidien trouve un rythme régulier et une atmosphère apaisante. Si nous tous, hommes et animaux, éprouvons le besoin de baliser notre quotidien de gestes et d’habitudes pour y trouver des repères rassurants, cela est d’autant plus vrai pour l’animal qui entre dans notre vie. Peur de l’abandon, anxiété de séparation, sensibilité aux changements…, autant de modulations de l’inquiétude accrues ou atténuées selon le vécu et le tempérament de chacun. En trouvant leurs contours, nos rites vont permettre à nos deux vies de s’accorder, à la confiance et à l’intimité de s’installer peu à peu.
Que peut-il se nouer dans cette altérité ? Une relation sans artifice, fondée sur la constance. Nous nous dépouillons des codes de la représentation de soi et des perversions du jeu social au profit d’une relation sans fard. Akira Mizubayashi le relève. Déplorant déjà l’attitude de certains de ses congénères, tantôt hautaine, tantôt déférente, guidée par le statut social, il écrit combien le lien noué avec sa chienne Mélodie lui a rendu ce type de comportements d’autant plus insupportable : « depuis ma rencontre avec Mélodie, cette aversion a tourné en horreur [19] ». Le caractère précieux de ce compagnonnage passe par là. L’animal devenu notre compagnon nous aime pour nous-mêmes, notre façon d’être, notre sensibilité et notre attention. Il ne triche pas, fait fi de l’apparence ou de l’appartenance sociale qui, dans les relations humaines, peuvent prendre les commandes. Tandis que notre cœur humain est sujet à s’assécher ou à s’arrêter à l’image des autres : outrages du temps, posture sociale, etc., l’animal avec lequel nous vivons ne connaît pas ces intermittences. En cela, il est le véritable ami qui ne nous tournera jamais le dos. S’il nous aime, c’est complètement, constamment et jusqu’au bout. Ce en quoi Florence Burgat considère que : « Si l’amitié comme fin en soi, celle qui n’est pas susceptible de dépérir avec le déclin de l’intérêt qui lui a donné vie, est la seule amitié véritablement éthique, alors l’amitié avec l’animal y répond tout à fait [20]. » C’est cet amour du « moi dénudé [21] », cette sincérité qui a encouragé A. Mizubayashi à s’engager dans une littérature dénonciatrice des paroles mensongères qui rongent l’homme [22]. C’est ce cœur sans limite et cette bienveillance à toute épreuve qui a amené C. Sapin-Defour à réaliser que son chien Ubac, pourtant doté d’un tempérament exempt de toute agressivité, avait été prêt à tuer ou à mourir pour le protéger [23]. Être ensemble suffit. Avec un animal compagnon, nous créons un asile qui nous permet à la fois d’admettre ou de supporter le monde et de le laisser véritablement au-dehors. Souffle salutaire, loin des heurts de nos relations et des simagrées de la vie sociale.
Partager son existence avec un animal peut aussi nous rendre plus attentifs. L’attention qui nous fait si souvent défaut, nous amenant à glisser trop vite sur le dessin des jours et les sentiments des autres, l’animal compagnon est à même, sinon de nous l’enseigner, tout au moins de nous en rappeler l’importance. Et ce, au-dehors et au-dedans.
Au-dehors, en se promenant ensemble, en observant son animal explorer et sentir : apprécier le charme des saisons dans le parfum du vent, s’attarder sur les jeux de lumière, s’arrêter pour admirer la nature environnante et s’émerveiller des moindres éléments qui s’offrent à nos sens [24]. En parcourant des endroits que l’on connaît déjà, on porte ainsi un œil neuf, plus conscient. C’est encore découvrir des lieux où l’on se laisse guider, se fiant pour cela au déchiffrement de sa perception. A. Mizubayashi relate cette soirée où sa femme, sa fille et lui-même emboîtèrent le pas de Mélodie qui avait manifesté son désir de se rendre dans un quartier adjacent. Elle les conduisit au parc de la Forêt paisible où ils purent découvrir une vue superbe de la montagne Fuji-san dont la silhouette imposante se découpait majestueusement à travers « les dernières lueurs rougeoyantes [25] ». Grâce à Ubac et sa façon d’arpenter l’espace, C. Sapin-Defour réalise que chaque lieu est digne d’intérêt, que la beauté de la nature est partout, aussi bien dans un petit parc en ville que dans des environnements grandioses ; il comprend l’importance « de régler son regard au minuscule », d’adopter un pas lent et attentif « qui ouvre aux secrets des lieux », depuis « la stratégie de l’araignée », en passant par « la souris sprinteuse, les fourmis en formation, […] les pinsons dragueurs, le hérisson gentrifié », jusqu’aux « feuilles en tourbillon et d’autres profondeurs inaccessibles aux pas pressés, aux âmes blasés » [26].
Au-dedans : à travers les caresses, les moments de jeux, les siestes, les effusions de joie, la quiétude partagée. Respect de nos rythmes quotidiens, accord de nos affections, notre vie commune se déploie assurant que, si nous ne nous sommes peut-être pas choisis au départ, nous nous sommes élus comme des proches, veillant l’un sur l’autre. Cette attention, c’est celle qui a sans doute amené Mayumi Inaba à devenir écrivain. Tandis que, parallèlement, sa vie conjugale se délitait, jusqu’à aboutir à la séparation, avec sa chatte Mî à ses côtés, elle a appris à se concentrer sur elle-même et ses aspirations. La présence de Mî, ses yeux posés sur elle, a représenté un réconfort sans égal et un précieux encouragement à se saisir de sa liberté pour suivre son chemin d’écriture. Notre chat pelotonné sur nos genoux ou s’essayant à nous dérober notre stylo, les frétillements, les frottements, les ronronnements, les poses d’une grâce infinie, les sauts qui transforment les meubles en jeu d’escalade, les longs sommeils qui l’entraînent dans ses rêves mystérieux, le lent clignement des yeux au réveil qui semble dire « je t’aime », la caresse de sa patte sur notre joue [27] ; notre chien qui nous enlace pour saluer notre retour, debout sur ses pattes arrière, ses yeux doux plantés dans les nôtres tandis qu’il repose sa tête sur nos jambes, le ventre qu’il offre en toute confiance à nos caresses, sa sensibilité à nos douleurs, ses efforts pour nous faire comprendre les siennes sans jamais se plaindre…
Au-dehors et au-dedans : notre entente silencieuse ou nos vocalises, notre apprentissage mutuel, notre partage bouleversent les écueils d’une vie distraite et la tentation de la lassitude. Mise en mouvement de la sorte, notre vie s’ouvre à de nouvelles perspectives sur le monde, les autres et gagne en intensité. Elle s’essaie à de nouveaux langages. Elle rehausse des petites choses à un rang plus élevé, parce qu’elles sont le gage, non d’une morne répétition, mais d’un vif renouvellement [28]. Notre existence s’extrait du contretemps pour être en phase avec le présent et, de ce fait, plus à l’écoute des êtres, humains et non humains [29], qui nous entourent.
Partager sa vie avec un animal, c’est enfin accepter de nous confronter à une mort qui viendra terriblement tôt, déchirant ainsi la profondeur du lien que nous avons créé. Deux temporalités se télescopent. Il sera très vite plus vieux que nous et même si la vie est clémente, gardant en vie cet animal aimé plus longtemps que prévu, cette existence n’est que trop passagère.
Le corps s’ouvre au bruit de l’hiver
L’an prochain je le sais ne viendra pas
Le temps ne se reproduira plus je le sais
Une tristesse inconnue tombe sur moi en ce clair après-midi
Le vert des feuilles brille aussi dans les douces prunelles du chat [30]
Son visage ne vieillissant pas comme le nôtre, outre quelques petits signes discrets, on réalise un beau jour, avec le fléchissement de son énergie et les maladies qui surviennent, que notre animal a vieilli. Pourtant, il fera encore tous les efforts possibles pour nous accueillir à la porte à notre retour. Mais il nous amènera à comprendre que la fin est proche par son regard désemparé, un cri en forme d’appel au secours si la douleur est trop forte et en venant se coucher une dernière fois contre nous [31]. À un cœur sincère et sans contrôle répond une peine extrême. Matins muets, perte des odeurs, câlins pétrifiés, pas solitaires, jouet fétiche gagné par la poussière retrouvé sous un meuble…, nos rites communs, notre connivence s’éteignent et le manque est incommensurable. « Je ne vais faire que ça désormais : chercher partout ces yeux qui me cherchaient partout [32] », écrit C. Sapin-Defour.
Et il faudra, de surcroît, affronter les mots et les regards de ceux qui ne comprendront pas la teneur de nos larmes, l’intensité de notre souffrance, et qui nous taxerons de sensiblerie. « Bientôt il y aura la violence des grands écarts, d’un côté une peine recouvrant tout comme de la lave, de l’autre le désintérêt du plus grand nombre, l’incompréhension et la moquerie sourde, pleurer pour une bête, quelle guimauverie [33]. » Comme si l’on ne devait décemment pas verser autant de larmes pour un animal que pour un humain, comme si la tristesse devant la mort de cet animal aimé ne devait pas trop s’attarder. Comparaisons encore, comparaisons toujours, qui ne comprennent rien et passent à côté du lien que nous sommes en mesure de nouer avec des animaux. Rester attentif et, ainsi, s’extraire des vues trop rapides et, à coup sûr, irrespectueuses. Ne pas s’excuser d’avoir de la peine, pleurer et célébrer l’éducation réciproque, l’affection et le partage qui ont émané de notre proximité-différence.
[1] M. de Montaigne, Essais, II, Paris, Gallimard, « Folio classique », 1973, Livre II, chap. XII, p. 155-156.
[2] E. Baratay, Biographies animales. Des vies retrouvées, Paris, Seuil, 2017, p. 270.
[3] T. Todorov, Nous et les autres. La réflexion française sur la diversité humaine, Paris, Seuil, 1989.
[4] Cf. à ce sujet les deux ouvrages de Tristan Garcia, Nous, animaux et humains (Paris, François Bourin Éditeur, 2011) et Nous (Paris, Le Livre de Poche, coll. « Biblio essais », 2018), qui proposent une pertinente réflexion sur la notion d’identité et sa plasticité. Le « nous » est à appréhender comme une forme aux contours vagues et poreux, soumise à variations, dilatation ou contraction, en fonction de ce que nous comprenons en « nous ». Le nous humaniste défini par la raison ignorait la personne animale ; il s’est vu débordé par la sensibilité pour donner d’autres « nous ».
[5] Catherine Kerbrat-Orecchioni en titrant son ouvrage Nous et les autres animaux (Limoges, Lambert-Lucas, 2022) a ainsi procédé à une tournure destinée à la fois à rendre hommage au sémiologue et historien des idées qu’était Todorov, tout en marquant sa volonté de déplacer la réflexion de l’ethnocentrisme à l’anthropocentrisme. À travers un vaste parcours, elle s’emploie à plaider la cause animale et à faire tomber la barrière spéciste, le terme « spécisme », rappelons-le, désignant la posture affirmant une supériorité de l’être humain sur les autres animaux pour justifier leur exploitation.
[6] Cf. J.-B. Jeangène Vilmer, « Chapitre 11. Les animaux de compagnie », in Éthique animale, Paris, PUF, 2008, p. 225-237.
[7] J. M. Coetzee, Elizabeth Costello, trad. C. Lauga du Plessis, Paris, Points, 2006.
[8] T. Monod, « Nature vivante et foi chrétienne. L’animal : objet, compagnon, ou frère ? », in Les droits de l’animal aujourd’hui, Condé-sur-Noireau, Corlet Publications, coll. « Panoramiques », 1997, p. 44.
[9] É. Baratay (sous la dir.), L’Animal désanthropisé. Interroger et redéfinir les concepts, Paris, Éditions de la Sorbonne, 2021, p. 19.
[10] C. Sapin-Defour, Son odeur après la pluie, Paris, Stock, 2023, p. 76.
[11] Dictionnaire Larousse de français, art. « tendresse ». URL : https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/tendresse/77277 (consulté le 11/06/2023).
[12] C. Sapin-Defour, Son odeur après la pluie, op. cit., p. 76.
[13] V. Despret, « Y comme Youtube. Les animaux sont-ils les nouvelles stars ? », in Que diraient les animaux, si… on leur posait les bonnes questions ?, Paris, La Découverte, Poche / Essais, 2014.
[14] « Les animaux y sont, plus encore qu’ils l’étaient dans les documentaires, acteurs des scènes. Des êtres de talent, ou remarquables par leur héroïsme, leur sociabilité, leur intelligence cognitive ou relationnelle, leur drôlerie, leur imprévisibilité ou leur inventivité, font à présent partie du quotidien. » (Ibid., p. 271.)
[15] « L’incroyable geste de Wounda à Jane Goodall », Institut Jane Goodall France, URL : https://youtu.be/lf08i5vqIvQ (consulté le 12/12/2021).
[16] URL : https://fb.watch/l-VxBvqj_W/ (consulté le 14/06/2022).
[17] « La jument Dounka redonne la parole aux personnes âgées dans un Ehpad », Info France 3, URL : https://fb.watch/jqBrwSVxuq/ (consulté le 20/03/2023).
[18] Cf. par exemple les pages Facebook Animaux et Paysages du Monde – Le Site (https://www.facebook.com/AnimauxEtPaysagesDuMondeLeSite), Oksana et Gil (/oksanaetgil.romans), ou encore Animal Sentience (/AnimalSentience1).
[19] A. Mizubayashi, Mélodie. Chronique d’une passion, Paris, Gallimard, coll. « Folio », 2014, p. 237.
[20] F. Burgat, Vivre avec un inconnu. Miettes philosophiques sur les chats, Paris, Rivages, coll. « Rivages Poche Petite Bibliothèque », 2016, p. 57.
[21] A. Mizubayashi, Mélodie, op. cit., p. 243.
[22] Il écrit : « l’animal qui ne ment jamais m’a conforté dans ma détestation des discours fallacieux et m’a poussé ainsi à regarder la Littérature toujours davantage comme une vaste et périlleuse tentative dénonciatrice des paroles mensongères. » (Ibid., p. 264.)
[23] C. Sapin-Defour, Son odeur après la pluie, op. cit., p. 233-235.
[24] M. Inaba constate que, grâce à la présence de sa chatte Mî, elle était « devenue sensible à l’odeur du vent, aux signes de la nature, à la température de la lumière », Vingt ans avec mon chat, trad. E. Suetsugu, Arles, Picquier poche, 2016, p. 160. Pour A. Mizubayashi, la promenade quotidienne avec Mélodie était à ses yeux un réel moment de bonheur partagé. « C’était l’occasion où je goûtais le plaisir de marcher en sa compagnie, de sentir le charme d’une saison dans les subtiles variations de température aussi bien que dans le léger parfum transporté par la brise, de m’arrêter pour admirer les choses admirables : les cerisiers en fleur au printemps, le flamboiement des feuilles d’érable en automne […]. » (Mélodie, op. cit., p. 113.)
[25] A. Mizubayashi, Mélodie, op. cit., p. 124.
[26] C. Sapin-Defour, Son odeur après la pluie, op. cit., p. 193. Il en conclut : « Cet art d’être attentif, Ubac me l’enseigne, il épelle l’environnement partout où il passe ; dans les lieux les plus grandioses dont on fait des posters comme au petit square traversé négligemment. Il n’y a pas dans son système une nature exceptionnelle et une nature au rabais, il y a la nature, diverse, multiple, qui mérite entière que l’on s’y attarde et que l’on dialogue avec elle. » (Ibid.)
[27] Jean-Louis Fournier écrit, à propos d’un chat qui se nommait Timide : « Quand je l’avais dans les bras, il me suffisait de lui dire “patte douce”, il me caressait la joue avec sa patte douce. J’étais heureux comme un roi. », J.-L. Fournier, Merci qui ? Merci mon chien. Tendre savoir-vivre avec les animaux, Buchet Chastel, 2020, p. 183. L’auteur confie, par ailleurs, avoir écrit son ouvrage avec sa chatte Artdéco sur les genoux : « Je l’ai peut-être écrit pour elle, pour lui faire une déclaration et lui donner plus que des croquettes. » (Ibid., p. 9.)
[28] « Indéfiniment neuve quoique recommencée dans le sillage des jours, voilà sa temporalité. Loin d’être son possible naufrage, la vie quotidienne la fortifie, parce que les animaux donnent un charme infini à des détails qui, sans eux, occuperaient un rang plus médiocre dans nos vies ordinaires. À la première eau qui bout pour le thé du matin se joint le geste du premier repas offert à la bête qui l’attend. » (F. Burgat, Vivre avec un inconnu, op. cit., p. 57.)
[29] Cf. le film La sagesse de la pieuvre (titre original : My Octopus Teacher), de Pippa Ehrlich et James Reed, 2022. Le réalisateur Craig Foster, alors en proie à une dépression, entreprend de plonger dans une forêt de kelp sud-africaine. Il y découvre l’existence d’une pieuvre. Intrigué par celle-ci, il décide de plonger tous les jours, prenant ainsi le temps de l’observer, d’admirer son intelligence et sa sensibilité. « Je peux apprendre d’elle. Elle est singulière », déclare-t-il. Il constate leur curiosité réciproque et établit avec elle une relation de confiance, ayant peu à peu le sentiment que « les frontières entre nos deux êtres s’évanouissent ». Au fil de cette amitié, suivant son évolution et l’application qui est la sienne dans une vie si courte (elle ne vit qu’un an), il réalise l’importance de l’attention et combien celle-ci lui a fait défaut auparavant, notamment vis-à-vis de ses proches : « Elle m’apprenait à m’attacher aux autres ».
[30] M. Inaba, Vingt ans avec mon chat, op. cit., p. 176.
[31] Cf. le passage très émouvant écrit par A. Mizubayashi : « Un hurlement de loup, court, strident, désespéré, déchira le silence et me tira brutalement de mon sommeil. […] Ma main n’avait pas quitté le corps à la fois malade et détendu de Mélodie. Celle-ci, non plus, n’avait pas bougé d’un iota. » (Mélodie, op. cit., p. 209-211.)
[32] C. Sapin-Defour, Son odeur après la pluie, op. cit., p. 266.
[33] Ibid., p. 256.
Résumé
Mû par son anthropocentrisme, l’homme s’est permis d’inférioriser les animaux, jusqu’à les réifier et les exploiter sans limites. Afin de sortir d’une vision hiérarchique, de penser les individus animaux dans leur singularité et leur richesse, ce texte met l’accent sur le lien de l’homme à l’animal, lien lui-même placé sous le signe de la tendresse. Celle-ci nous apparaît comme une précieuse porte d’entrée vers l’altérité et une célébration de la rencontre entre animaux humains et non humains.
Abstract
Driven by anthropocentrism, humans have allowed themselves to lower animals to the point of reifying and exploiting them without limit. To move away from a hierarchical vision, and to think of animal individuals in terms of their singularity and richness, this text emphasizes the bond between humans and animals, itself set under the sign of tenderness. Tenderness seems to us to be a precious doorway to otherness and a celebration of the encounter between human and non-human animals.
Parution
- Alkemie. 2023 – 2 Revue semestrielle de littérature et philosophie, n° 32 – L’animal
Paris, Classiques Garnier, coll. « Alkemie », 2023
420 pages
Sous la direction de Mihaela-Gențiana STĂNIȘOR et Emmanuelle BRUYAS
Présentation de l’ouvrage - Article disponible sur le site de l’éditeur à l’adresse :
https://classiques-garnier.com/alkemie-2023-2-revue-semestrielle-de-litterature-et-philosophie-n-32-l-animal-quelques-arguments-pour-l-animal.html - Pour citer cet article :
BRUYAS (Emmanuelle), « Quelques arguments pour l’animal », Alkemie Revue semestrielle de littérature et philosophie, n° 32, 2023 – 2, L’animal, p. 15-26
Christian Bobin, Pierre,
John Muir, L’Appel du sauvage
Auður Ava Ólafsdóttir, La vérité sur la lumière
Joël Vernet, La nuit n’éteint jamais nos songes
Virginia Woolf, Une esquisse du passé
Stefan Zweig, Destruction d’un cœur
Stefan Zweig, L’Uniformisation du monde (1925)
Lucilla Burn, Mythes grecs
Fabcaro, Didier Conrad, René Goscinny, Albert Uderzo, Astérix en Lusitanie
Grégory Delaunay – La Meute
Vincent Lemire – Christophe Gaultier – Histoire de Jérusalem
Violaine Bérot, Comme des bêtes
Christian Bobin, L’homme qui marche
Michel Bussi, Nymphéas noirs
Fabrice Caro, Figurec (1re parution : 2006)
Jean Grenier, Les Îles (1re parution : 1933)
Sándor Márai, Un chien de caractère (1932)
John Muir, Stickeen
Fernando Pessoa, Le Banquier anarchiste (1922)
Ron Rash, Une terre d’ombre
Lydie Salvayre, Pas pleurer
Luis Sepúlveda, Le Monde du bout du monde
Fred Vargas, Sous les vents de Neptune
Jean-Christophe Bailly, Le parti pris des animaux
Élisée Reclus, À propos du végétarisme (1901)
Blake et Mortimer – Signé Olrik
Blake et Mortimer – Huit heures à Berlin
Lomig, Au cœur des solitudes
Sempé, Rien n’est simple
François Busnel, Jim Harrison. Seule la terre est éternelle
Akira Mizubayashi, Mélodie. Chronique d’une passion
Rainer Maria Rilke, Sa vie est passée dans la vôtre. Lettres sur le deuil
Cédric Sapin-Defour, Son odeur après la pluie
Luis Sepúlveda, Le Vieux qui lisait des romans d’amour
Olga Tokarczuk, Sur les ossements des morts
Éric Baratay, Cultures félines (XVIIIe-XXIe siècle). Les chats créent leur histoire
Vinciane Despret, Que diraient les animaux, si… on leur posait les bonnes questions ?
Tristan Garcia, Nous, animaux et humains
Tristan Garcia, Nous
Corine Pelluchon, Jocelyne Porcher, Pour l’amour des bêtes
Fabcaro, Zaï zaï zaï zaï
Jacques Ferrandez, Carnets d’Algérie
Remo Forlani, Ma chatte mon amour
Christian Bobin, La présence pure
Lilian Jackson Braun, Le chat qui…
László Krasznahorkai, Le Dernier Loup (poche)
Alice Munro, Un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout
Auður Ava Ólafsdóttir, Rosa candida
Auður Ava Ólafsdóttir, Miss Islande
Virginia Woolf, Flush : une biographie (1932)
Éric Baratay, Le Point de vue animal. Une autre version de l’histoire
Éric Baratay, Biographies animales. Des vies retrouvées
Florence Burgat, La cause des animaux. Pour un destin commun
Jessica Serra, Dans la tête d’un chat
Juan Diaz Canales et Juanjo Guarnido, Blacksad
Jacques Ferrandez, Carnets d’Orient
Benoît Sokal et François Schuiten, Aquarica Tome 2, La baleine géante
Eva Baltasar, Permafrost
Nicolas Bouvier, Routes et Déroutes. Entretiens avec Irène Lichtenstein-Fall [1992]
Jean-Louis Fournier, Merci qui ? Merci mon chien
Arnaldur Indridason, La Femme en vert
Arnaldur Indridason, Les Nuits de Reykjavik
Arnaldur Indridason, Les Fantômes de Reykjavik

James Salter, L’Homme des hautes solitudes
Lydie Salvayre, La Déclaration (1990)
Lydie Salvayre, Famille
Joël Vernet, Marcher est ma plus belle façon de vivre
Marguerite Yourcenar, Les Yeux ouverts
Florence Burgat, Vivre avec un inconnu. Miettes philosophiques sur les chats
Marcel Conche, Ma vie antérieure
Frédéric Gros, Marcher, une philosophie
Frédéric Gros, Petite bibliothèque du marcheur
Étienne Klein, Psychisme ascensionnel. Entretiens avec Fabrice Lardreau
Sven Ortoli, Marcher avec les philosophes
Franz Overbeck, Souvenirs sur Friedrich Nietzsche
Jean Dufaux, Christian Cailleaux et Etienne Schréder, Blake et Mortimer – Le Cri du Moloch
Emmanuel Lepage, Sophie Michel et René Follet, Les Voyages d’Ulysse
C’est parce que, contrairement à ses congénères, il questionne sa condition d’être lent et désire avoir un nom que l’escargot va découvrir l’importance de la lenteur.

st pas l’auteur d’un ouvrage spécifiquement dédié à la question du végétarisme. En revanche, à partir de 1761, il a rédigé de nombreuses pages exprimant son approbation de « cette formidable loi par laquelle il est défendu de manger les animaux nos semblables ».