Le cheval de Nietzsche

Durant mes études de philosophie, pour mettre en évidence la folie finale de Nietzsche, était systématiquement prise en exemple la crise qui fut la sienne à Turin, le 3 janvier 1889, devant un charretier qui battait un cheval dans la rue. En voyant cet homme frapper cet animal, le philosophe s’était interposé entre les deux. Il avait enveloppé le cheval de ses bras, embrassé ses naseaux et interdit qu’on le touche.

Nietzsche s’était ensuite effondré sur le pavé, frappé d’un transport au cerveau. Revenu à lui, le penseur allemand n’a, comme l’on sait, jamais totalement recouvré ses esprits. Ainsi, ce cheval fut-il réduit à incarner l’élément emblématique de sa crise finale.

On trouve cette même approche dans la plupart des biographies.

Ce qui aurait dû être choquant – cet homme qui battait ce cheval – était mis de côté. Ce qui aurait dû être remarquable – la réaction profondément sensible de Nietzsche témoignant de sa lutte continue pour supporter l’âpreté de l’existence et la violence de ses semblables – était ignoré.

Il paraît important de rendre hommage comme il se doit à ce cheval et à Nietzsche pour sa réaction, d’autant plus louable qu’elle s’est inscrite dans une époque où l’on faisait peu de cas de la sensibilité animale et où les chevaux, spécifiquement, étaient appréhendés comme des véhicules.

Nietzsche n’a pas admis la cruauté de cet homme. Nietzsche n’a pas supporté la douleur de ce cheval. Nietzsche a eu la réaction adéquate.

Un commentaire sur “Le cheval de Nietzsche

  1. Cet article est parfait. J’aime beaucoup la fin où tu reprécises les choses en 3 phrases nettes, précises et sensibles.

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