2 min de lectureLe souffle de l’horreur

““Pourquoi vous faites ces photos ?” Je restai silencieux, il n’insista pas. La question ne m’était pas destinée. Elle n’avait été ni murmurée ni posée à haute voix, on aurait dit un souffle de vent échappé de vents déchaînés et lointains, nous frôlant à peine et continuant sa course à travers champ.”

Hubert Mingarelli, La Terre invisible

Peut-on saisir le souffle de l’horreur, en dessiner la figure à travers les visages de ceux qui l’ont laissé commettre ? Le roman d’Hubert Mingarelli, La Terre invisible, nous plonge en juillet 1945 dans l’Allemagne occupée. Un photographe britannique a assisté à la libération d’un camp de concentration. Poursuivi par ces images, il ne peut se résoudre à rentrer chez lui. Il décide alors de partir sur les routes pour photographier les habitants de la région. Il sera escorté dans ce périple par un jeune soldat nommé O’Leary qui, venant tout juste d’arriver, n’a rien vécu de la guerre.

Le photographe trouvera-t-il la clé de l’innommable sur les traits des personnes qui vivaient à proximité des camps et ont fermé les yeux pour ignorer cette entreprise de mort ? Est-ce cela qu’il cherche ou juste à dissiper le cauchemar qui revient le hanter presque chaque nuit : les morts qui tentent de soulever avec leurs jambes la bâche qui les recouvre ?

Hubert Mingarelli s’emploie, avec poésie et subtilité, à laisser la place aux non-dits et au silence. Le photographe n’éclaire pas O’Leary sur les motivations qui le poussent à faire poser les gens de cette terre devant leurs maisons. Sait-il, d’ailleurs, lui-même ce qu’il entend discerner sur les photos qu’il a réalisées ? La façon dont la vie se poursuit pour ceux qui ont côtoyé ces atrocités ou bien comment celles-ci ont imprimé leurs traces sur les êtres ? Le jeune soldat, quant à lui, est hanté par un secret intime dont il ne parle pas. Pourquoi se réfugiait-il dans les dunes de Lowestoft pour y dormir ? Nous n’en saurons rien.

L’écrivain donne libre cours à notre questionnement et à notre imaginaire. Dès lors, ce texte peut se lire comme une errance autour de l’enfer dont on chercherait à capter les indices ou à se libérer pour parvenir à vivre ensemble.

La Terre invisible
Hubert MINGARELLI
Points
2020
120 pages

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