Lectures | Sélection 2017

Les livres que j’ai aimés en 2017

Littérature, Art

Cheng_5meditations_sur_la_mort_130François Cheng, Cinq méditations sur la mort
Le Livre de Poche, coll. « Littérature & Documents », 2015
168 pages

Un texte dense et subtil achevant sa démarche réflexive par une série de très beaux poèmes.

 


François Cheng, L’éternité n’est pas de trop
Roman | Le Livre de Poche, coll. « Littératures & Documents », 2003
254 pages

« L’essentiel est que nous sommes déjà ensemble, aussi ensemble que si nous nous voyions. En cette vie et en une autre vie, âmes liées, à jamais inséparables. »

Un roman superbe et poignant qui parvient à exprimer toute la profondeur de l’amour susceptible d’unir deux êtres. Un amour longtemps entravé, pendant trente ans. Des retrouvailles avec un regard intact : la reconnaissance immédiate de la place privilégiée de cet autre dans son cœur, le même émoi, une vibration qui n’a rien perdu de son intensité.
Un amour entouré d’interdits qui déploie son souffle tout en retenue : regards, frôlements, étreinte qui se résout dans celle des mains. Un engagement de l’être entier qui, en cela, dépasse l’empreinte charnelle pour transfigurer l’âme elle-même. Alors, malgré les rencontres furtives, la séparation des corps, le manque, l’attente, le lien est là, indéfectible.


Annie Dillard, L'amour des MaytreeAnnie Dillard, L’amour des Maytree
Roman | Christian Bourgois Éditeur, 2017
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre-Yves Pétillon
288 pages

« Elle dit adieu à sa solitude. Adieu à la vie sans autre horaire que son caprice. Adieu à la vie parmi aucun objet autre que choisi par elle, et chacun d’eux toujours à sa place ; adieu à la vie sans vrai repas ; adieu à la liberté de penser. Tout ça s’envolait à tire-d’aile. Mais à quoi bon la solitude, si ce n’était pas pour faire ce qu’il fallait ? Sa solitude avait toujours tenu maison ouverte. »


F. Scott Fitzgerald, La fêlureF. Scott Fitzgerald, La fêlure et autres nouvelles
Nouvelles | Gallimard, coll. « Folio », 2014
Traduit de l’américain par Marc Chénetier
256 pages

« Pour l’essentiel, nous les écrivains, sommes condamnés à nous répéter ; c’est la stricte vérité. Nous connaissons deux ou trois expériences importantes et bouleversantes dans notre vie, des expériences si importantes et si bouleversantes qu’il ne nous semble pas, lorsqu’elles ont lieu, que quiconque ait jamais été captivé, tabassé, ébloui, étonné, battu, brisé, sauvé, illuminé, récompensé et humilié tout à fait de la même manière. Puis nous apprenons notre métier ; plus ou moins bien, et nous racontons nos deux ou trois histoires (chaque fois sous des accoutrements différents) dix fois peut-être, peut-être cent, aussi longtemps que les gens veulent bien nous écouter. » (« Cent faux départs »)


Théophile Gautier, Les Mortes amoureuses. Omphale, La Morte amoureuse, Arria Marcella
Nouvelles | Actes Sud, coll. « Babel », 2004
176 pages

La femme qui revient d’outre-tombe et dont les charmes exceptionnels savent susciter un amour absolu et inoubliable à l’homme qu’elle a choisi. Omphale, Clarimonde (La Morte amoureuse), Arria Marcella, autant d’images du fantasme de l’amour plus fort que la mort. Expressions mêmes de l’amour impossible puisqu’il ne trouve à se réaliser qu’en dehors de notre monde matériel.

Les trois nouvelles réunies dans cette édition, écrites respectivement en 1834, 1836 et 1852, sont une excellente occasion de relire ou de découvrir ces fictions fantastiques de Théophile Gautier.


Bohumil Hrabal, Une trop bruyante solitudeBohumil Hrabal, Une trop bruyante solitude
Roman | Robert Laffont, coll. « Pavillons Poche », 2015
Traduit du tchèque par Anne-Marie Ducreux-Palenicek
128 pages

« Si je suis venu pour quelque chose au monde, c’est pour écrire Une trop bruyante solitude. » (Bohumil Hrabal)


Arnaldur Indridason, Étranges rivagesArnaldur Indridason, Étranges rivages
Policier | Points, coll. « Points Policier », 2014
Traduit de l’islandais par Éric Boury
360 pages

« S’agissant des disparitions, le temps ne changeait rien à l’affaire. Certes, il finissait par endormir la douleur, mais il en faisait la compagne quotidienne de ceux qui restaient en la rendant plus profonde, plus sensible, délicate, d’une manière qu’il ne s’expliquait pas vraiment. »

 


Arnaldur Indridason, HypothermieArnaldur Indridason, Hypothermie
Policier | Points, coll. « Points Policier », 2011
Traduit de l’islandais par Éric Boury
360 pages

 


Arnaldur Indridason, La Cité des JarresArnaldur Indridason, La Cité des Jarres
Policier | Points, coll. « Points Policier », 2006
Traduit de l’islandais par Éric Boury
336 pages

« – On s’imagine que ça n’attaque pas le moral. On se croit assez fort pour supporter de telles choses. On pense qu’avec les années, on se forge une carapace, qu’on peut regarder tout ce bourbier à bonne distance comme s’il ne nous concernait en rien et qu’on peut ainsi parvenir à se protéger. Mais il n’y a pas plus de distance que de carapace. Personne n’est suffisamment fort. L’horreur prend possession de ton être comme le ferait un esprit malin qui s’installe dans ta pensée et te laisse en paix seulement lorsque tu as l’impression que ce bourbier est la vie réelle car tu as oublié comment vivent les gens normaux. Voilà le genre d’enquête que c’est. Elle est semblable à un esprit malfaisant qui aurait été libéré et s’installerait dans ta tête jusqu’à te réduire à l’état de pauvre type.
Erlendur soupira profondément.
– Tout ça, ce n’est rien d’autre qu’un foutu marécage. »


Sheridan Le Fanu, CarmillaSheridan Le Fanu, Carmilla
Roman | Actes Sud, coll. « Babel », 1996
Traduit de l’anglais (Irlande) par Gaïd Girard
160 pages

« Et aujourd’hui encore, l’image de Carmilla me revient à la mémoire dans sa dualité ambiguë : tantôt je revois la jeune fille ravissante, languide et espiègle, tantôt le démon grimaçant de l’église en ruine. Et quand je me perds dans mes rêveries, il m’arrive souvent de tressaillir, croyant reconnaître le pas léger de Carmilla à la porte du salon. »

Un texte fantastique captivant où Le Fanu met en scène un vampire féminin. Carmilla est un récit singulier, dans la mesure où l’auteur irlandais ajoute de manière subtile une dimension érotique à la figure mortelle du vampire.
À noter que Carmilla a été écrit en 1871, vingt-six ans avant Dracula (1897).


Ileana Mălăncioiu, Comme pleurent les âmes seulesIleana Mălăncioiu, Comme pleurent les âmes seules
Poésie | Éditions hochroth-Paris, coll. « sine die », 2016
Anthologie bilingue, traduction du roumain par Nicolas Cavaillès
26 pages

Des textes profonds et sombres dont les mots semblent perpétuellement creusés par l’angoisse et la mort.

Extrait du poème « Cauchemar » :

« La ville entière était pleine de morts,
ils étaient sortis dans la grand-rue,
[…]
Leur foule fantastique nous effrayait terriblement,
Mais nous restions là, surpris, comme devant un cortège,
Car nous avions tous quelqu’un dans la rue
Dont nous n’aurions pas voulu qu’on l’enferme au cimetière. »


Thierry Metz, L'homme qui pencheThierry Metz, L’homme qui penche
Éditions Unes, 2017
112 pages

« J’écris avec ce qui me reste, entre le pouce et l’index, dans un pincement d’étoile. »

« On cherche un habitant qui n’est plus dans la maison. Pourtant, n’est-ce pas lui que l’on aperçoit, à l’orée de ce qui est, ne sachant pas où il va, de dos, faisant un signe d’adieu ou de reconnaissance, un signe, c’est tout pour les jours passés, pour ceux à venir ?
N’est-ce pas l’homme qui penche, vu de trop loin maintenant, ou trop tard ? »

Reprendre les mots de Cédric Le Penven dans sa Préface est sans doute la meilleure manière de qualifier les textes de cet ouvrage de Thierry Metz :
« Vous êtes au seuil d’une grande œuvre. Un homme vous attend, “un morceau de parole cassée dans la main”. Il va vous dire à voix haute ce qui chuchote en vous chaque fois que vous posez le pied par terre, chaque matin : rien ne va de soi. »

Fragments à lire et à relire, exprimant la douleur d’être au monde, la difficulté à y (re)trouver un ancrage par-delà les drames et les déchirures intimes.


Lorrie Moore, Merci pour l'invitationLorrie Moore, Merci pour l’invitation
Nouvelles | Éditions de l’Olivier, 2017
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Laetitia Devaux
240 pages

« Toute vie pouvait ressembler, à s’y méprendre, à une véritable vie. On pouvait vraiment passer sa vie à passer à côté de la sienne. »

Vie sentimentale qui se délite, vocation ratée, rancœurs, frustrations… Lorrie Moore nous offre une galerie de portraits impitoyables, regardant ses personnages chuter et se cogner violemment à la paroi de leur solitude. Tous semblent plus ou moins hagards, comme dépossédés d’eux-mêmes, assistant au déroulement de leur vie sans jamais véritablement exister. Une écriture lucide, armée d’un humour particulièrement grinçant.


Pascal Quignard, Une journée de bonheurPascal Quignard, Une journée de bonheur
Arléa, coll. « Arléa-Poche », 2017
160 pages

La grâce du style de l’écrivain au service d’une méditation d’une grande finesse.

 


GileadMarilynne Robinson, Gilead
Roman | Babel, 2015
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Simon Baril
336 pages

 


Eugen Uricaru, Le poids d’un ange
Roman | Les Éditions Noir sur Blanc, 2017
Traduit du roumain par Marily Le Nir
288 pages

« Le monde suivait son cours, ne sachant pas qu’il n’y avait plus personne pour le sauver. Ceux qui auraient pu le faire étaient morts ou n’avaient pas trouvé le chemin du retour. »

Un grand texte d’Eugen Uricaru dans lequel s’affrontent l’horreur et la grâce d’une âme libre.

L’horreur : celle du système communiste, de son règne savamment orchestré de la peur et de la surveillance annihilant les personnes pour les réduire à « des cas ». À travers l’histoire de la Roumanie, Eugen Uricaru nous fait entrer de manière saisissante dans ce climat de la peur, dans l’absurdité de ses rouages pourfendant l’humanité de sa cruauté et de sa pauvreté d’esprit. « Il fallait “retirer de la circulation” tous ceux qui savaient que le monde est plus vaste, plus coloré et meilleur que ce qu’ils voyaient autour d’eux. »

L’âme libre : Basarab Zapa qui ne livrera pas ses secrets. De ceux qui n’empêchent pas les bourreaux de détruire leurs semblables, mais qui les feront toujours vaciller, fussent-ils parvenus au sommet de leur tas de cadavres et d’êtres soumis. La vacillation du doute : Basarab a su conserver son âme et, pour cela, se couler dans l’obscurité qui n’est autre que la couverture de la lumière intérieure. Comme Cezar le soufflera : « Qui peut dire le poids d’un ange ? »


Tarjei Vesaas, Nuit de printempsTarjei Vesaas, Nuit de printemps
Roman | Babel, 2017
Traduit du norvégien par Jean-Baptiste Coursaud
272 pages


wilde_deprofundis

Oscar Wilde, De profundis | La Ballade de la geôle de Reading
GF Flammarion, 2008
Traduit de l’anglais par Pascal Aquien
348 pages

« Les dieux sont étranges. Ce n’est pas de nos vices qu’ils se servent pour nous flageller. Ils nous mènent à la ruine en usant de ce qu’il y a en nous de bonté, d’aménité, d’humanité et d’amour. Et si je n’avais éprouvé ni pitié ni affection pour toi et les tiens, je ne serais pas là à pleurer en ces lieux épouvantables. » (O. Wilde, De profundis)

De profundis et La Ballade de la geôle de Reading : textes poignants emblématiques de la détresse d’Oscar Wilde après son emprisonnement et, plus largement, de sa fin misérable (Wilde meurt à 46 ans, dans d’atroces souffrances, deux ans après sa sortie de prison).


Philosophie, Ethnologie

Alkemie, 2017 – 1 Revue semestrielle de littérature et philosophie, n°19 – La mélancolie
Revue | Éditions Classiques Garnier, 2017
308 pages
Table des matières


Alkemie, La mortAlkemie, 2016 – 2 Revue semestrielle de littérature et philosophie, n°18 – La mort
Revue | Éditions Classiques Garnier, 2016
412 pages
Table des matières

 


Mémoires de GéronimoMémoires de Géronimo
Recueillies par S. M. Barrett
Éditions La Découverte / Poche, 2003
Introduction de Frederick W. Turner III
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Martine Wiznitzer
182 pages

« Nous sommes en train de disparaître de cette terre et pourtant, je ne peux croire que nous sommes inutiles, sinon Usen ne nous aurait pas créés. Il a créé toutes les tribus des hommes et Il avait certainement un but en créant chacune d’elles. »


Patrick Deval, Squaws. La mémoire oubliéePatrick Deval, Squaws. La mémoire oubliée
Éditions Hoëbeke, 2014
224 pages

Une enquête ethnologique de grande qualité qui rappelle le rôle central joué par les Indiennes, hier et aujourd’hui.

« Une nation reste insoumise tant que le cœur de ses femmes n’est pas terrassé. Alors seulement, et qu’importe la bravoure de ses guerriers ou la force de ses armes, ce sera la fin. »
(Proverbe cheyenne, cité dans l’ouvrage)


Ruwen Ogien, Mes mille et une nuits
Essai | Albin Michel, 2017
256 pages


Bande dessinée

Les vieux fourneaux, tome 4Wilfrid Lupano et Paul Cauuet, Les Vieux Fourneaux
Tome 4, La magicienne
Bande dessinée | Dargaud, 2017
Scénariste : Wilfrid Lupano – Dessinateur : Paul Cauuet

Ce tome 4 est tout aussi drôle et émouvant que les précédents. Partez, cette fois, à la rencontre de la magicienne dentelée et des zadistes. Sans oublier, bien sûr, nos vieux fourneaux, Sophie, la petite-fille d’Antoine, et son théâtre de marionnettes « Le loup en slip » !


Tardi, Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag IIB
Tome 1

Bande dessinée | Casterman, 2012
194 pages

La seconde guerre mondiale vécue par le père de Jacques Tardi, René Tardi : le dessinateur s’est attaché à transposer en bande dessinée les carnets de son père.
Dans ce tome 1, il relate sa jeunesse fauchée par la guerre et nous plonge au cœur de l’enfer du camp Stalag II B où René Tardi est resté prisonnier pendant quatre ans et huit mois (à Hammerstein, en Poméranie orientale).

 

Tardi, Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag IIB
Tome 2, Mon retour en France
Bande dessinée | Casterman, 2014
146 pages

La sortie du camp, le retour. Parcours Hammerstein-Lille. Une lente progression à pied dans des conditions très difficiles. La faim, le froid, la fatigue, la puanteur, la promiscuité, la brutalité des geôliers : quatre mois de marche exténuante à travers des paysages dévastés, en quête du train qui, cette fois, pourra ramener René Tardi chez lui.

Tout au long des deux tomes, le dessinateur accompagne son père sous les traits d’un enfant. Une façon intelligente et pudique de dialoguer avec lui et de tenter de partager les épreuves que celui-ci a endurées. La figure de l’enfant, les traits du dessinateur, livrant, à la lueur des carnets de son père, un témoignage touchant sur le sort généralement méconnu des prisonniers de la seconde guerre mondiale.

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