Les livres que j’ai aimés en 2014
John Banville, La lumière des étoiles mortes
Roman | Robert Laffont, coll. « Pavillons », 2014
Traduit de l’anglais (Irlande) par Michèle Albaret-Maatsch
360 pages
John Berger, Le carnet de Bento
Éditions de l’Olivier, 2012
176 pages
Milan Kundera, L’identité
Roman | Gallimard, coll. « Folio », 1997
224 pages
Sándor Márái, Les Braises
Roman | Éditions Albin Michel / Le Livre de Poche, 1995
Traduit du hongrois par Marcelle et Georges Régnier
224 pages
Sándor Márái, L’Étrangère
Roman | Éditions Albin Michel / Le Livre de Poche, 2010
Traduit du hongrois par Catherine Fay
216 pages
Alice Munro, Trop de bonheur
Nouvelles | Éditions de l’Olivier, 2013
Traduit de l’anglais (Canada) par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso
320 pages
Une écriture toujours profonde et subtile, à l’instar de Fugitives. Ceci mêlé à un art du détour, du suspense : on ne sait jamais quand elle va rattraper ses personnages pour les clouer au sol ou leur offrir quelque brève envolée.
Une préférence pour « Radicaux libres », « Des femmes » et « Trop de bonheur ».
Alice Munro, Les lunes de Jupiter
Nouvelles | Éditions de l’Olivier / Points, 2013
Traduit de l’anglais (Canada) par Colette Tonge
355 pages
Annie Saumont, Un soir, à la maison
Nouvelles | Éditions Julliard / Pocket, 2003
153 pages
Annie Saumont, Le Tapis du salon
Nouvelles | Éditions Julliard / Pocket, 2012
155 pages
James Salter, Un bonheur parfait
Roman | Éditions Points / Points, 2008
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Lisa Rosenbaum et Anne Rabinovitch
395 pages
Colm Tóibín, La couleur des ombres
Nouvelles | Robert Laffont, coll. « Pavillons », 2014
Traduit de l’anglais (Irlande) par Anna Gibson
288 pages
Entre plaines et collines, entre Rouergue et Quercy, entre inquiétude et joie, entre présent et passé…
Selon une visée politique et philosophique, Stéphane Patrice renoue le lien entre littérature et Histoire, réinscrit l’écriture de Duras dans le sillon sanglant de notre XXe siècle, s’attardant sur des œuvres marquantes telles qu’Un Barrage contre le Pacifique ou encore Le Vice-consul. Est ressaisie, depuis la terre d’Indochine et les lauriers-roses de l’Inde, l’exposition des deux cadences du monde. Émergent les déclassés, les opprimés : les petits colons spoliés par une administration corrompue, les cadavres d’enfants dont l’écho s’élève sur les terres dérobées aux indigènes. La mort circule à travers le rire tenace de la mendiante folle et l’agonie des lépreux. L’enlisement guette, attend l’heure de son installation définitive. S’insinuant dans tous les pores de l’humanité, la maladie de la mort est là, incontournable. L’écriture donne à voir comment l’on s’essaye à édifier des barrages et comment ils cèdent… toujours. Ainsi, depuis le combat initial pour la vérité et la justice, s’écroulent bon nombre de mirages : colonial, politique avec au bout celui d’une raison éclairée.
Il est des rencontres décisives, de celles qui donnent une forme d’assise à l’existence en lui ouvrant un champ précieux d’exploration. Gasquet a fait une telle rencontre en croisant les pas de Cézanne en 1896. Jeune poète, Gasquet a 23 ans. Cézanne 57. Meurtri par les critiques, blessé en amitié, le peintre fait montre d’un caractère ombrageux. Mais l’admiration sincère de ces jeunes yeux lui inspire confiance, faisant ainsi de Gasquet un confident privilégié. Suivra ce livre, hommage à l’homme et à sa démarche créatrice. Observateur minutieux doté d’une plume souple, l’auteur s’attache à montrer combien l’artiste était habité par son œuvre. De l’homme, il évoque la nature à la fois humble et acharnée au travail, son attachement viscéral à la terre provençale. Il s’attarde aussi sur ses humeurs contrastées oscillant entre lassitude et enthousiasme. Oscillation qui rejoint la tension essentielle de l’artiste, révélant l’exigence et le doute du créateur. Ce doute qui ronge et fait parfois vaciller l’être. Ce doute qui fonde l’exigence même. Les mots insistent sur cet œil du peintre ramassant tout sur son passage : la déclinaison des gestes, l’énigme des couleurs et des ombres, la vacillation des choses et des êtres.